lundi 14 novembre 2011

La vie est dans : La bonne journée

Des fois, c'est cool, enseigner.


Aujourd'hui, prise en charge. Je prenais le taureau par la langue (ha ha) et je donnais un cours de...français. Et oui! Parce qu'au cégep, nous sommes supposés faire de la grande littérature : courants, genres, tutti quanti et citations latines, nous voilà partis pour la culture avec un gros Cul!


Sauf que voilà, pour analyser la grande littérature, mes élèves chéris, ils doivent comprendre le texte, ce qui n'est pas toujours acquis, pour ensuite me transmettre leurs réflexions par écrit, ce qui n'est pas toujours facile. Si vous avez déjà fait un peu de correction, vous avez sûrement croisé, plus souvent qu'à votre tour, quelques perles d'étudiants. Ils écrivent, un peu au hasard, choisissent des mots longs et à portés pseudo-scientifique, essaient désespérément de les imbriquer dans CHACUNE de leurs dissertations (ouais, parce qu'on ne s'en rend pas compte, nous, les profs). Bref, les dissertations deviennent une partie de Scrabble : les étudiants essaient de placer les mots les plus longs dans un cadre donné, et se foutent de la définition réelle du mot...


...ou même de son existence.


J'ai cet élève qui met tous les faits en exergue, par exemple. Qu'ils le soient ou non par l'auteur importe peu : exergue, ça sonne bien. Ou un autre qui fait un «postiche» du style d'un auteur connu (mais il aurait été plus joli d'en faire un pastiche, je pense....joke de littéraire). J'en ai même une qui m'a raconté, lors d'un exercice, que deux savants, dans un texte, avaient restitué un lion. J'imagine qu'elle voulait dire rescucité. Mais j'aime bien l'idée que deux savants me vomissent un lion.


On a donc fait un atelier sur les paronymes.

«De kessé?»

Les paronymes. Les mots qui, dans la langue française, se ressemblent, mais qui ne veulent pas dire la même chose. Veineux et venimeux. Paradoxe et parapluie. Amnésie et amnistie. Sceptique et septique (ceux-là, inversés, peuvent être très, très drôles).

Vous avez saisis?


Donc, voilà. Je sors à ma gagne de casquettes à l'envers et de gomme balloune ma série d'exercices, et je leur donne cinq minutes pour le compléter. Je vous le confesse : il était impossible pour un humain normalement constitué de le conclure dans un délais aussi restreint.


Pourquoi 5 minutes? Non, ce n'est pas parce que je suis une stagiaire sadique et méchante (quoi que...), mais bien parce que mes étudiants, ils travaillent à la course. Ils ont 6 heures pour faire une dissertation ; ils en prennent 3. Le reste, basta! Je voulais donc les induire à porter une réflexion sur leur manière de travailler : en ne prenant pas le temps, ils ne peuvent pas identifier toutes leurs coquilles, et laissent des points s'envoler. Est-ce que j'ai entendu : métacognition? Aussi, j'avais pris tous mes exemples dans leurs dissertations, ils ne pouvaient donc pas dire que l'exercice était non-pertinent, car ce sont des erreurs qu'ils n'ont pas pu éviter précédemment.


Et c'était drôle de les voir chercher, sans dictionnaire, la différence entre luxueux et luxurieux.


Alors bon, moi, j'explique mon exercice, toute fière, toute contente. Mes élèves me regardent vraiment comme si j'étais une drôle de bébitte (c'est pas de ma faute : quand on parle de paronymes, je viens les yeux pleins d'étoiles...). Et là, y'a une main qui se lève.


Moi : Oui, tu as une question?

Élève : Ben...ça a pas vraiment rapport avec la matière, mais...c'es-tu vrai que ta sonnerie de cellulaire, c'est Britney Spears?

Moi: ...


Bon, d'accord, je me suis laissée déculotter, un peu. Je n'avais pas pensé que mon second groupe contaminerait le premier. Dans ma tête, les élèves, ça ne se parle pas en-dehors d'une classe. Cependant, peut-être par bonté d'âme, mes élèves ont quand même complété l'exercice et ont très bien travaillé. Dans le second groupes (ma gagne de traîtres :p), le débat a pris sur la signification de certains mots : plusieurs sont allés d'eux-mêmes chercher dans le dictionnaire. Et, fait surprenant sur lequel je ne veux pas m'avancer, mais dont je suis assez fière :


...j'ai l'impression qu'ils ont aimé ça.


C'est pour ça que c'est grisant, enseigner. On travaille avec des coquins...mais qui sont aussi curieux et qui cherchent à comprendre ce qu'on veut inculquer. Quand ils travaillent et qu'ils y mettent l'effort, ils se rendent compte que nous leur offrons quelque chose de nouveau, quelque chose qu'ils ne comprenaient pas auparavant. Et ils apprécient ces nouveaux outils et ont hâte de les mettre en pratique. Et je dois le dire...mes étudiants sont brillants. Souvent, ils découvrent des détails que je n'avais pas relevés, se rendent compte de subtilités auxquelles je ne m'étais pas attardée.


Je suis sortie du Cégep, ce matin, très fière de ce que je faisais. Persuadée que j'étais à la bonne place, au bon moment. Et certaine d'une chose.

Je suis une très bonne prof.

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